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18 - Château Lune

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Par Lily

La fontaine me faisant face était remplie de débris de végétaux. De longues tiges tordues et desséchées s’extirpaient d’un amas en partie décomposé, s’étirant dans leur mort vers le plafond en cœurs de voûte. Le jardin d’hiver tout entier baignait dans la lumière. Elle se déversait d’improbables clés de voûte en verre limpide et via de larges fenêtres qui s’étendaient du sol au plafond sur les pans de murs extérieurs. Pour autant, l’endroit n’était pas dépouillé d’intimité ; il y avait un grand nombre d’arbres et d’arbustes, et même quelques taillis sauvages où des pépiements aigus dénonçaient la présence d’oiseaux ayant fait leur ce lieu plus vaste qu’il n’y paraissait.

Quelque part dans son passé, ce devait être spectaculaire.

Aujourd’hui, l’endroit semblait livré à lui-même.

Mais pas totalement.

Après tout, c’était des mains volontaires qui avait arraché, brisé et regroupé ces branchages et salades amères dans cette vasque privée d’eau. Même s’il était triste de voir cette fontaine sculptée transformée en cimetière pour végétaux.

Je m’étais assise sur un banc pelé, lasse d’avoir trop marché ; cet espace intérieur me sidérait tant il était trompeur ; d’étroits chemins dallés s’y entrecroisaient entre les principaux, plus larges, certains cernés d’une haute et impénétrable verdure, offrant la sensation d’évoluer dans un labyrinthe sauvage ainsi que l’illusion d’un jardin intérieur plus vaste qu’il ne l’était. Ici aussi, les parasites vert et noir gâchaient l’ensemble, mais dans une moindre mesure qu’à l’extérieur ; l’air était plus chaud, cela freinait-il leur propagation ?

En chemin, je m’étais amusée à repérer les recoins qu’on avait pris soin d’entretenir et de nettoyer et à compter les pots gardiens de palmiers géants ou d’impressionnants cactus biscornus. Les autres n’étaient remplis que de terre sèche ou de sable - quand ils n’étaient pas simplement vides. J’avais découvert un endroit où de petites plantes à fleurs blanches avaient été récemment mises en terre. J’avais aussi déniché et longé un potager où j’avais cru reconnaitre les fanes de carottes, de radis et d’oignons, ainsi que quelques courgettes et artichauts. D’autres légumes y mûrissaient, mais ceux-là ne m’avaient rien évoqué - quelques-uns devaient être typiques de ce monde, car je n’avais jamais entendu parler d’une plante à l’allure de parapluie sur laquelle on pouvait récolter des haricots torsadés de couleur violette…

Me tassant sur mon banc pelé, je sortis Souvenirs et atermoiements de la sacoche remise par Dana lorsque celle-ci m’avait envoyée découvrir le jardin d’hiver par moi-même pendant qu’elle s’occuperait de quelques correspondances avec sa famille, la guilde des Guérisseurs et d’autres destinataires dont je n’avais su retenir les noms. Le livre était un ajout de ma part, ma Compagne s’étant contentée d’y glisser des mouchoirs, de quoi boire et grignoter, ainsi qu’un châle épais aux couleurs du Clan ; un bleu nuit profond rehaussé de quelques brins brillants. Pour évoquer une nuit étoilée ?

Ou les traces de crocs et de griffes de loups.

Je me souris à moi-même en déposant le lourd volume sur mes genoux. La veille, je n’y avais lu que des compte-rendus de parties de cache-cache avec des enfants, un rendez-vous galant raté et quelques morosités dues à une dispute avec un certain Sieur qui ne voyait pas d’un bon œil que Lionel Jos fasse son entrée dans son Clan.

Enfin, la chose se fera ce soir. Ce sera acté avec Dame Yvile. Erard ne lui a bien sûr rien imposé, elle a donné son accord de plein gré. Je ferai mon possible pour m’en montrer à la hauteur. Cette formalité remplie, il ne me restera plus qu’à attendre la prochaine Lune Pleine. J’ai compté. Elle aura lieu dans quatre jours à peine. Là, je saurai. Je saurai si je suis digne ou non d’appartenir à ce Clan millénaire.

Bien sûr, j’ai peur.

— Ôla Mam’zelle Luce !

Je sursautai. Je n’avais entendu personne arriver. C’était l’homme aux allures maorie, du Personnel du Château. Une brouette posée au sol devant lui, il tenait son petit chapeau rond entre ses mains. Après un salut, il le replaça sur sa tête, l’enfonçant jusqu’aux oreilles en tirant sur les bords rigides en forme de rigole.

— Bonjour, dis-je en me relevant.

— Oh non, restez donc assise. Z’êtes aimable, Mam’zelle.

Je refermai mon livre qu’il sembla dévisager.

— Vous seriez pas mieux à la bibliothèque pour ça ?

— Pardon, c’est malvenu de lire ici ?

— Non, pas ! Je demande, au cas où vous n’sauriez où elle est.

— C’est gentil, je la situe à peu près, j’y suis presque entrée quand Dana m’a fait visiter les lieux. Simplement, de mémoire, il y fait sombre et… je ne suis pas sûre qu’il y fasse plus chaud qu’ici, terminai-je par un sourire gêné en haussant les épaules.

Son visage était strié de petites ridules qui s’accordaient avec ses tatouages bleutés ; il devait avoir un certain âge. Pourtant, ses cheveux étaient d’un noir de jais. Longs et fins, il les portait noués dans un catogan bleu nuit.

— C’est sûr qu’il fait toujours doux dans c’jardin. Ni trop ni peu, la bonne température pour tout c’qui pousse. Ici, on n’a jamais touché aux chaud-galets.

Il se pencha les mains sur le cœur en prenant un air de confident amusé.

— Il parait qui en avait dans tout l’Château à l’époque. Il faisait bon dans chaque pièce et chaque couloir… Certain que ça laisse rêveur !

Et il s’esclaffa, dévoilant des dents du bonheur.

— Vous subissez encore des famines qui nécessitent d’en vendre ? rebondis-je avec curiosité.

— Non, pas. C’est qu’on est bien moins nombreux. Beaucoup sont partis. Moins de bouches à nourrir... Mais autant de terres à labourer pour remplir chaque ventre ; on est des coriaces, nous qui sommes demeurés sur ces terres anciennes.

Il signa rapidement de ce geste que j’avais vu sur la Haute Dune Herbacée… Il me regarda ensuite comme s’il attendait que je dise ou fasse quelque chose.

— Je… je loue votre ténacité.

— C’est bien dit, Mam’zelle Luce.

Il me fixa à nouveau. Je me rassis sur le banc, ne sachant quoi faire sinon reprendre mon livre sur les genoux et attendre.

— Si je peux vous d’mander, Mam’zelle, comment trouvez-vous le jardin ? J’essaie d’lui rendre justice, mais j’œuvre seul. Soyez honnête, c’est précieux ça.

Encore cette honnêteté réclamée à grand cri.

— Et bien…, hésitai-je en triturant le recueil de Sieur Lionel, je pressens que l’endroit devait être une merveille jadis… mais qu’aujourd’hui…, il a vieilli. Il y a de beaux recoins, mais l’ensemble offre une impression de tristesse. Ou d’attente.

Il eut l’air triste, comme Cazelain la veille.

— C’est bien dit aussi, Mam’zelle.

J’eus une nouvelle fois mal au cœur.

— J’manque de temps. Pour vrai dire, à l’époque, le jardin d’hiver était aux soins des Dames et Sieurs de notre Château Lune. Mais maintenant, ils sont si peu, et souvent partis, et puis faut l’dire, ils n’ont pas d’goût pour ça. Encore que notre Sieur Wolf Storm aide bien dans l’potager et même aux champs, mais il a moins d’goût pour le jardin. Et puis on n’peut pas tout faire, et mon avis est qu’il fait d’jà bien assez ce qui faut.

Il se pencha pour arracher une tige de mauvaise herbe qu’il jeta nonchalamment dans la vasque de la fontaine.

— Vous savez, Mam’zelle Luce, le jardin est quelqu’fois ouvert aux gens du coin. Et moi, j’aime ce jardin et j’aime ces gens. J’veux qui soit beau, pour eux. Mais, vraiment, j’manque de temps. C’est râlant. Mais c’est comme ça. Et j’fais c’que je peux.

Et il conclut sa tirade par un chaleureux sourire découvrant ses dents écartées au pouvoir sympathisant.

— Vous manquez de temps pour jardiner ?

— C’est cela, Mam’zelle.

— Je peux vous demander votre nom ?

Il haussa ses larges épaules.

— C’est Clô.

Je lui offris à mon tour l’un de mes plus beaux sourires, que j’espérais chaud et franc.

— Et vous dites qu’à l’origine, il était courant et bienvenu que les Dames s’occupent de ce lieu ?

— Et les Sieurs, c’est cela.

Une lueur se fit jour dans ses yeux sombres. Il adopta une expression hésitante.

— Vous… vous aimeriez ?

Si j’aimerais ?

La réponse sautillait déjà sur ma langue.

— J’adorerais !

Alors, toutes les ridules de Clô se regroupèrent dans les plis immenses d’un sourire enfantin.

— Si je peux, temporisai-je, je ne suis pas une Dame, il ne faut pas l’oublier. Et si j’aime jardiner, je n’ai par contre que peu de connaissances sur le sujet.

Empoignant sa brouette remplie d’un bric-à-brac de pelles, râteaux, seaux et compagnie, il ne se départit pas de son sourire.

— Et bien, vous d’manderez à votre Compagne Dana. Les Compagnes savent ce genre de choses. Mais je n’men fais pas trop, en soi parce que Sieur Cazelain vous a présentée comme une Dame, c’est donc tout comme. Et Sieur Wolf Storm n’dirait pas non à quelqu’un qui veut donner généreusement au Château. Et pour le reste, j’vous partagerai mes savoirs avec un plaisir grand. Sûr qu’à deux, on rendra un peu plus sa beauté au jardin.

Il s’inclina respectueusement.

— J’vous laisse pour les écuries où l’travail m’appelle, j’étais juste passé récupérer les outils ci-là.

Il s’éloigna en sifflotant tandis que je portais un autre regard sur le jardin d’hiver du Château Lune.

Prendre soin de quelque chose à réparer.

Sur le banc, je fermai les yeux et poussai un long soupir.

C’est parfait.

****

— Damoiselle Luce ? Luce ?

Je reconnaissais la voix de Dana. Les paumes à plat sur l’étagère située à plus de cinq mètres du sol, cachée par d’autres hauts rayonnages dans mon dos, je décidai de ne rien dire. Mais si elle revenait, ou insistait en entrant plus avant dans la pièce, alors je signalerais ma présence.

Je t’en prie, va-t’en, passe ton chemin, pitié, pars voir ailleurs, allez…

Les pas s’éloignèrent et la porte se referma sur un bruit sourd. Je mimai un silencieux cri victorieux et repris mon furetage.

J’étais presqu’au sommet d’une large échelle en bois renforcée par des plaques de métal noir, stable, solide - je l’avais bien secouée pour m’en assurer avant d’oser y grimper. Je passais en revue les ouvrages de tailles et d’épaisseurs diverses au petit bonheur la chance. Cette bibliothèque était incroyable. Il y avait de tout : traités politiques, recueils intimes, livres jeunesse, poèmes obscurs, compilations de cartes, essais divers, encyclopédies, archives du passé… Et tout était mélangé. Pas partout. Mais certains rayonnages plus que d’autres.

Il y a cinq jours, j’y étais enfin entrée en compagnie de Dana afin de mieux saisir ces mystérieuses Frontières. À deux, nous avions tiré de lourds rideaux opaques et elle m’avait indiqué un coffre, près de l’entrée, où étaient entreposées quelques lampes serties de galets-lumière polis en boule et de taille compacte. Nous avions ensuite observé d’immenses cartes sous verre, accrochées à mi-hauteur des murs. Elles étaient dessinées à la main, en couleurs, et d’une précision remarquable. J’étais restée un long moment devant une carte orohydrographique, à étudier le relief et les cours d’eau de ce monde où le sort avait choisi de me catapulter. Et sa découpe était pour le moins singulière ; les Frontières scindaient l’ensemble du territoire en deux parties pas tout à fait égales. L’une était chargée de détails ; lignes, mots et pictogrammes. A contrario, l’autre n’était qu’un énigmatique espace vierge n’offrant comme indication que son nom : Terres des Sans Pacte.

Plus tard dans la journée, Cazelain m’avait expliqué que ce vaste territoire était habité de Peuples et de Créatures qui avaient refusé de se soumettre au Contrat des Peuples et à ses règles. Pour préserver l’équilibre du monde, ces êtres anarchiques vivaient comme ils l’entendaient de leur côté. Les Peuples du Contrat, dont celui des Hommes, restaient du leur. Mais il arrivait parfois que certaines créatures plus téméraires tentent une percée de notre côté. Des volontaires et des engagés veillaient à protéger les Frontières qui s’étendaient aussi bien sur les terres que dans les eaux salées. Pour cette tâche constante qui maintenait droit l’équilibre, Dame Nature récompensait les Peuples du Contrat de ses bienfaits. Cazelain ne s’était pas plus épanché et n’avait pas eu la patience de répondre à la moindre question ; comment ne pas en avoir à la suite d’un récit aussi obscur ? Ça ressemblait plus à une genèse biblique qu’à un fait historique. Le besoin d’en savoir plus avait été si fort que je lui avais derechef demandé un libre accès à la bibliothèque ainsi que l’autorisation d’emprunter des volumes. Il avait ri et accepté sans réserve, sinon celles de n’en abimer aucun et de veiller à les ramener approximativement là d’où je les aurais extirpés ; le Château Lune n’avait plus de bibliothécaire depuis plusieurs décennies et personne n’effectuerait cette tâche à ma place.

Pas mal, celui-ci.

J’avais entre les mains un petit ouvrage s’intitulant Légumes d’aujourd’hui et d’autrefois. Les dessins étaient réalistes et l’écriture des légendes d’une lisibilité parfaite.

Je t’embarque !

J’y trouverais peut-être ma plante-parapluie et ses haricots violets.

J’étais complètement perdue dans la classification des ouvrages, particulièrement sur cette étagère, mais je prenais un plaisir fou à fureter partout. C’était mon troisième passage dans la bibliothèque et je ne voulais pas que Dana écourte ce plaisir ; d’ici une semaine, je serais peut-être…

Enfin bref.

Chaque nuit, je m’éveillais en sursaut. Une fois, parfois deux. Je me défaisais de mes habits imprégnés de sueur pour enfiler la tenue de rechange que je préparais chaque soir à cet usage, puis je rampais vers l’autre moitié du lit, sèche, et tentais de me rendormir. De quoi serait faite la seconde Épreuve qui chaque jour se rapprochait ?

Je mérite de m’oublier quelques heures dans une bibliothèque de contes de fées.

Je lui trouvais des airs de celle du conte de la Belle et la Bête.

Le visage de Wolf Storm s’imposa à moi.

Ce Château aussi abrite sa Bête.

Je retins un rire nerveux.

Cazelain avait reçu un courrier de son ainé. Le Protecteur du Clan du Loup y précisait qu’il ne rentrerait qu’au lendemain du Bal du Roi, soit dans quatre jours.

Moi aussi, j’aurais aimé y réchapper, ruminai-je en rangeant le livre sur les légumes dans mon panier en osier.

Je me consolais en pensant à mes compatriotes ; au moins allais-je les revoir.

Mais pourrais-je parler sans filtre avec eux ? Auront-ils changé ? Je me demande dans quel état d’esprit je vais retrouver ce pauvre Warner, j’espère qu’il s’est reconnecté avec lui-même. J’ai envie de revoir Adam, lui et sa force tranquille… Savoir comment se porte Awa, j’espère qu’elle ne regrette pas son choix de Clan, elle avait tant hésité. Et il y aura Eryn, aussi, la nouvelle Reine.

— Mais je ne reverrai pas Myosotis…, murmurai-je.

J’en étais désolée. Dana s’était renseignée à ma demande ; la jeune femme avait accepté d’entrer au service de la Maison des Lièvres. Or, le Bal du Roi ne conviait que les Clans ayant acquis une ou un Invité.

Ce qui est stupide.

Comment oublier que son sort aurait pu être le mien ? Était-elle complètement remise de ses plaies ?

Surtout celles au visage…

J’attrapai un lourd volume pour le remettre tout de suite à sa place après avoir lu le mot sermon dans le titre.

Note qu’il serait parfait pour un petit coup sec sur la tempe de Cazelain.

Depuis la veille, le jeune Loup attendait le Bal avec la patience d’un lion en cage. Chaque jour, nous passions du temps ensemble, autour d’un repas ou le temps d’une promenade à cheval. Je devais admettre que…

Bingo !

J’extirpai d’une main frétillante un livre à la reliure rose crème qui portait comme titre Le contrat des Peuples expliqué aux enfants. Je le glissai dans mon panier, entre mes légumes et une histoire d’amour.

— Bon, je pense que je peux descendre.

Je tapotai la rampe de l’échelle, heureuse qu’elle m’ait menée pile vers ce que je cherchai, puis calai l’anse en osier sur mon épaule.

Ce panier était un cadeau de Midine, la cuisinière en cheffe. Je l’aimais bien. Un jour où je déambulais seule dans la Grande Salle, à la suite d’un repas échangé avec Cazelain, j’étais entrée dans les cuisines. Comment résister ? Aucun bruit ne s’y faisait entendre et je voulais voir à quoi elles ressemblaient. Je m’étais retrouvée face à la rondelette et souriante Midine qui lisait un journal. La cuisinière s’était empressée de me demander si une petite douceur me ferait plaisir. Mal à l’aise, j’avais demandé une tasse de thé. Elle m’avait conduite devant un placard de l’immense garde-manger dans lequel étaient alignés divers pots en céramique. Pensant qu’elle était repartie dans l’autre pièce, je m’étais amusée à les ouvrir un par un, en prenant mon temps, pour sentir les arômes les yeux fermés. Lorsque je m’étais retournée, mon choix entre les mains, elle avait ri et décrété qu’elle m’aimait bien. Depuis, elle venait vers moi à la fin des repas pour s’enquérir de ce que j’avais ou n’avais pas aimé et un thé accordé au plat concocté accompagnait chaque repas. Ses cheveux étaient toujours crêpés en un énorme chignon lâche au sommet de son crâne, elle parlait d’une voix guillerette et haut perchée et portait la nourriture au rang d’art. Manger, c’est vivre. Alors bien manger, c’est bien vivre. Hier, j’avais pâtissé avec elle - Dana n’avait pas paru particulièrement enchantée mais j’avais insisté. J’avais passé un moment très agréable.

Haut les cœurs, Luce, la vie au Château Lune n’est pas si mal.

De retour sur le parquet, j’extirpai ma lampe du panier pour éclairer le fond de l’allée. Je ne résistai pas au secrétaire que j’avisai contre le mur. Le meuble était ancien, son bois blond décoré de gravures. Je pris plaisir à en ouvrir chaque tiroir, quoique deux soient fermés à clé. Il contenait des feuilles vierges, des plumes taillées et deux stylos au manche en bois, quelques pots dont l’encre noire semblait s’être asséchée, une montre à gousset et un paquet de lettres ficelées. Je touchai à tout, mais tout retrouva sa bonne place ; je ne désirais pas un trésor à emporter, mon plaisir était l’exploration ; j’avais l’impression d’évoluer dans un musée.

— Luce ? Luce !

Merde.

— Oui, Dana ? dis-je innocemment en revenant sur mes pas.

Faites qu’elle ne me demande pas si je l’avais entendue la première fois.

Je tenais à rester honnête, mais un peu d’omission, parfois…

****

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