Elle n’arrivait pas à réaliser, alors même qu’elle prononçait ces mots. Leur rêve, ce vœu qu’elle avait formulé, devenait réalité ! Bien qu’euphorique, elle surveilla avec attention la réaction de Lémèn. Elle se doutait déjà de ce qui allait arriver. Elle lut tour à tour la surprise, l’incrédulité, la joie. Mais derrière cette joie, le Lien lui transmit d’autres sensations. Doute, peur, illégitimité… Malgré ces notes sombres, elle trouva une raison de se réjouir ; à la lueur de son regard, à la vibration dans le Lien, elle voyait Lémèn se débattre et se battre contre ses émotions, qui le poussaient à douter de lui-même. Il s’accrochait.
Oui, ma Lune ! N’abandonne pas !
Elle glissa ses doigts entre les siens. Il rendit leur tendre étreinte, un peu tremblant.
« Nauli, je suis… Comment dire ?…
— Parle avec tes mots. Tu sais que j’utilise les mêmes.
— Je suis si heureux.
— Je le vois.
— Je t’aime si fort.
— Moi aussi, je t’aime. Peut-être même plus fort.
— Mais j’ai peur pour cet enfant.
— Je le sais.
— Je ne suis pas prêt. Regarde-moi, comment pourrais-je être un bon père ?
— Je crois en toi. Je sais que tu seras un père merveilleux.
— Comment ?
— Parce que je lis dans ton cœur. »
À chacune de ses affirmations, elle déchirait un peu plus ce voile en lui. Il s’effilochait mais tenait encore.
« Nauli, tu sais ce qu’il risque de lui arriver… à cause de moi. »
Elle avait su qu’il aurait abordé ce sujet. Iarzog’Un ne s’était pas encore totalement dissipé en lui ; même infime, la possibilité que cela ait affecté sa semence existait et existerait pendant un temps. Et pourtant…
« C’est notre enfant. Je le chérirai. »
Le voile fut réduit en lambeaux ; les yeux de Lémèn se remplirent d’étoiles et de larmes. Il l’étreignit avec délicatesse ; elle fit de même avec douceur. Sa voix chevrotante la refit fondre en larmes :
« Merci… pour tout… Merci…
— C’est moi qui te remercie… d’être là… pour moi… pour notre bébé… »
Le baiser qu’ils échangèrent mêlait le sel de leurs larmes et le sucre du bonheur à venir.