Diane, rue de l’entonnoir
Gil me précède. Je ne passe le seuil qu’en me tordant sur le côté, ayant l’impression de pénétrer dans une maison de poupée. L’intérieur me rassure. Ça sent le parfum à la violette, les vieilles encyclopédies, se chevauchent et s’entassent des tapis à franges colorés, des armoires d’archivage, des coussins en forme de bonbons et des collections de fossiles. Je reconnais bien l’harmonie particulière de l’intérieur de mon amie, qui n’a donc pas tant changée. En voyant que je l’ai suivie dans la pièce, Gil semble se détendre également et m’invite à poser mes papiers. Je me décharge de ma pile de dossiers et de manuels sur un coin libre de sa table et m’étire comme je peux dans cet espace exigus. J’attends les explications de Gil, qui ne viennent toujours pas. Au lieu de cela, elle pose un doigt sur sa bouche et me fait signe de la suivre dans le fond de la pièce. Derrière une commode se dissimule un couloir étroit, où trois marches mènent à une pièce plongée dans le noir.
Mes yeux mettent de longues dizaines de secondes à s’habituer à l’obscurité. Je discerne d’abord le jour qui filtre à travers deux petites fenêtres, puis la silhouette de Gil, accroupie dans un coin. Devant un matelas au sol. Je m’approche d’elle difficilement, le plafond étant trop bas pour moi, tandis qu’elle s’étonne tout bas, avec douceur :
– Hé ! Tu es réveillé !
– Oui, j’attends que tu rent du avail ! lui répond une toute petite voix aiguë.
Les draps se mettent en mouvement. Au milieu du matelas, un corps minuscule se redresse et deux yeux se mettent à briller, m’observant intensément.
– Boujour, es-que c’est Diane, toi ? me demande la petite voix.
Je réponds automatiquement à ce bonjour, offert par une petite créature qui me voit mais que je ne distingue pas encore, qui a l’air de me connaître mais dont je n’ai jamais entendu parler. Les yeux s’allongent et comprennent mon trouble, car un instant plus tard une veilleuse s’allume et suspend la pièce dans un hors-temps caverneux, où la lumière semble à la fois lointaine et diffuse.
– Diane, je te présente mon fils, Chöy.
– Regad maman, Diane elle est raaande, elle touche le plafond !
Chöy, c’est une grosse tête chauve aux grands yeux en amandes, un sourire large et figé le long duquel des dents minuscules se promènent sans se bousculer. La surprise de découvrir que Gil a caché sa grossesse puis sa maternité passe en un battement de cil, éclipsée par mes réflexes professionnels qui me poussent à constater et mémoriser plusieurs détails inquiétants concernant l’enfant.
– Avec Diane on va s’asseoir à côté et discuter un peu. Dort maintenant, il est tard.
– Et après elle rentre à sa maison Diane ?
– Oui, je lui demanderai de passer te faire un bisou avant d’accord ?
Avant de quitter la pièce, je parviens à accompagner mon sourire d’un petit signe en direction de Chöy, qui semble faire son bonheur.
Narwam, sous le pont des Croisés
Pris de vertige, je m’éloigne de la balustrade du pont de quelques pas. Sans lâcher ma main, Xylia saute de son perchoir et à ma demande, m’accompagne sur les berges de la Seine. Nous nous asseyons au bord de l’eau, à quelques mètres du périmètre que je suis venu observer. Le 6024-9. Mais les eaux n’ont rien à me dire, à la différence de cette enfant qui, de plus en plus, me fascine et me bouleverse. De nouveau, elle semble être retombée en enfance, comme si le faux fond de son esprit s’était refermé. Elle parle de l’hiver, me demande de geler toute l’eau de la S3 à l’occasion d’une longue fête sap de trois jours, pendant laquelle tout Paris pourrait patiner et profiter de spectacles d’illuminations et de fontaines. Elle m’inonde ainsi de suggestions et de questions, auxquelles je réponds mollement.
– C’est quoi la température de votre eau ?
– On a introduit des variables qui, en fonction de la température extérieure et de la vitesse du vent…
– Non, non, c’est nul ça. Personne n’a envie de plonger dans de l’eau froide. 23°, c’est le minimum pour la baignade ! Et des journées jacuzzi géant ? Vous y avez pensé ?
Malgré son enthousiasme communicatif, je reste sous le choc. Je n’arrive plus à comprendre comment j’ai perdu le contrôle de ma vie, à commencer par celui de ma main. Attentive et docile, celle-ci est toujours couchée au fond de la paume de Xylia, et j’ai le sentiment qu’elle y est rassurée, attendant tranquillement les instructions de sa maîtresse. Parle-moi de tes rêves, je te les coderais, lui dirait-elle sans doute si elle en avait la possibilité. Un rire amer m’échappe : voilà que je suis à l’écoute de ma main, moi qui me moquait de la psychologue.
En m’entendant, Xylia interrompt sa description.
– Quoi, qu’est-ce que j’ai dis ? L’eau en lévitation c’est pas possible ?
Ne pensant qu’au comportement de ma main déprimée en compagnie de l’enfant consolée, je lui demande, par association d’idée :
– Pourquoi étais-tu triste tout à l’heure ?
Xylia ouvre la bouche de surprise puis cligne des yeux, soupire, hausse les épaules, tout un langage qui m’est inconnu mais que je tente de décoder :
– C’est encore à cause de ta mère adoptive ?
Elle acquiesce, serre ma main plus fort et pose sa tête contre mon épaule en geignant :
– J’ai pas envie de rentrer chez moi. Je veux rester avec toi. Toujours.
– Mais… On se connaît à peine…
– C’est pas l’impression que j’ai.
Xylia observe nos mains jointes et un malaise furtif me pousse à retirer la mienne. Des images de doigts d’arbrions en cours de régression envahissent mon cerveau ventral, apeuré par l’idée irrationnelle que l’enfant, vieillissante et prête à tout, puisse se lier avec moi. Honteux, je ferme mes neuras. Xylia ne semble pas remarquer ma gêne et confirme une partie de cette pensée :
– Les doigts de ma main droite s’atrophient. Je suis presque à maturité ; trouver mon Autre devient urgent. Je sens son appel, dans le creux de mon ventre, de plus en plus fort. Si je ne le trouve pas très bientôt…
Sa voix se coupe, mais je suis incapable de deviner la fin de sa phrase. Je n’ai aucune idée de ce que devienne les arbrions qui ne trouvent pas de partenaire. Je pensais que tous les arbrions de plus de douze ans allaient par paire, leurs deux bras n’en formant qu’un, long et souple, les liant jusqu’à la fusion supérieure.
– … je vais devoir entrer en errance, achève-t-elle finalement.
Je décide de ne pas la questionner, car ce mot seul semble lui coûter des efforts considérables. Au lieu de cela, je lui ouvre mes bras et rouvre mes neuras, ravi de constater que toute trace de peur a disparue. Par dessus son épaule, je vois les quais déserts à l’exception d’une seule silhouette excentrique, reconnaissable entre toutes avec son costume d’époque, robe, chapeau et ombrelle couleur crèmes aux bordures nombreuses et bleues. Je m’éloigne de Xylia, qui suit mon regard. On échange un hochement de tête entendu. Sa mère est là, elle va devoir partir. Nous nous levons et je la retiens un instant pour lui dire :
– Moi non plus j’ai pas l’impression de t’avoir rencontrée hier. J’ai l’impression de te connaître depuis toujours, implacable Xylia. Personne ne peut te tromper, personne ne peut te cacher ta destination, ni ta mère, ni les illusions. Crois-moi, ces doigts ne se refermeront jamais sur du vide.
Posant un genou à terre, je dépose un baiser sur sa main droite. Xylia rit et embrasse à son tour ma main gauche, scellant dans le silence un pacte mystérieux. Puis elle rejoint, à contre-cœur, les jupes voluptueuses de sa mère.
Diane, rue de l’Entonnoir
Je m’effondre sur le canapé et attend le retour de Gil, complètement assommée. Je n’ai plus de mot : nous avons inversé les rôles. Gil revient en me proposant une infusion, et s’y attelle sans attendre ma réponse en me racontant comment elle s’organise pour la garde de Chöy, qu’elle ne quitte de toute façon jamais des yeux grâce à son baby-veilleur. De toute façon, il ne pourrait pas aller bien loin, conclue-t-elle avant de s’effondrer à mes côtés, semblant abattue par la préparation de deux tasses de camomille. On reste silencieuses un instant, puis, pour la première fois, elle accroche mon regard. J’affirme plus que je ne demande :
– C’est un petit croisé ?
– Oui.
Un parent sap, un parent kad. La génération de nos grands-parents côtoyaient encore beaucoup de ces enfants issus de mariages mixtes, qui ne comptent pas dans les ratios des kads. Un kad Trois ne peut avoir que trois enfants kads, mais il peut avoir autant d’enfants croisés qu’il le désire, étant donné que ces derniers naissent stériles. Lorsque j’étais enfant, on en voyait déjà beaucoup moins. On disait que les rares enfants croisés qui voyaient le jour n’étaient pas viables. Ceux qui fréquentaient encore les bancs de nos écoles étaient souvent la risée des autres, payant les frais d’une réputation de « sap domestiques » – comme on a appelé les compagnons des kads – en plein déclin. Pour ma part, je n’ai pas oublié de me prendre de passion pour les croisés autant que pour les couples mixtes lors de mes recherches.
– Je croyais qu’il n’en naissait plus depuis au moins dix ans.
– C’est ce qu’ils veulent nous faire croire. La vérité, c’est qu’ils ne naissent plus à leurs yeux. L’Alliance, l’Union Sapiens, les Comités… Que ce soit les institutions sap ou kad, ils ne font plus rien pour eux depuis des années.
Je meurs d’envie de lui demander pourquoi elle ne m’a pas parlé de son enfant, pourquoi elle est resté si secrète. Mais une des raisons qui m’ont amené à mettre fin à notre rituel du mercredi, c’est justement le tempérament distant et secret de Gil. Au travail, elle ne nous parlait jamais de ses amants, de sa famille, de ses projets ni de ses peines, si elle en avait. La vrai question, c’est pourquoi elle me parle de lui aujourd’hui. Et malheureusement, je pense détenir un début de réponse.
– Qu’est-ce qui arrive à Chöy ?
– Les médecins ne savent pas vraiment. Depuis sa naissance, il y a deux ans, j’ai du voir des centaines de « spécialistes » du monde entier. Pour la plupart, des charlatans, qui profitent de la panique de parents qui n’ont aucun organisme certifié vers lequels se tourner. Pas de diplômes officiels de médecine spécialité enfant croisés, pas de protection juridique – on te traite pareil que tu te fasses arnaquer par un gourou adulateur d’ours en peluches ou par un soigneur qui prétend pouvoir sauver ton petit garçon…
Gil se redresse, portant à nouveau sa fureur contenue avec grâce.
– J’ai essayé de me former seule. J’ai suivi des cours de médecine en ligne, je me suis abonnée à des revues alternatives pro-croisés, j’ai exploré des zones du net improbables !
Elle s’est surtout ruinée pour rien, ne puis-je m’empêcher de conclure pour moi-même. Gil poursuit :
– Mais c’est comme s’il n’existait rien, dans l’immensité du monde dématérialisé, rien, que dalle, sur les pathologies et les psychopathologies des enfants croisés ! Un seul nom, un seul, revient partout, apportant des débuts de réponses prometteurs, ou plutôt posant les bonnes questions, mais oubliant d’y répondre.
Gil s’est assise en tailleur de l’autre côté du canapé et me dévore d’un regard avide et intarissable. J’achève son discours :
– Le mien.
J’imite sa position, m’installant dos à l’accoudoir. On se fait face comme sur une balance qui compareraient nos attentes et nos terreurs.
– Je ne suis pas médecin, Gil.
– Je sais. Sinon je t’aurais déjà piqué tes clefs il y a deux ans…
On échange un petit rire, tandis qu’elle poursuit :
– Depuis quelques jours, la situation empire. Kitty, qui le garde pendant mes journées de travail, l’a remarqué elle aussi. L’autre soir, il m’a dit…
Gil inspire, et je me prépare à recevoir la violence des mots. On conseille aux patients, quand ils ont quelque chose d’horrible à dire, de le sortir le plus vite possible, comme on arrache un pansement. Et Gil se laisse peu de temps avant de lâcher :
– … il m’a dit que sa maison lui manquait, et je me suis excusée en disant que c’était un peu trop petit pour deux ici. Il m’a dit « T’inquiète pas, maman, moi je vais pas rester. Ça existe pas les petits comme moi, ici. Le monde va se réveiller et se rendre compte qu’il a rêvé ». Du haut de ses deux ans, il s’est rendu compte que le monde l’avait oublié. Et moi, comme une abrutie, je lui ai lu des livres, je lui ai parlé de la vie, dehors, qu’il est trop faible pour aller affronter mais que je voulais qu’il connaisse. Je me suis même pas rendu compte que dans ma description, j’oubliais de lui parler de lui, de son identité.
Dans un coin de ma tête, je note la conscience de soi très précoce de l’enfant, puis l’oublie momentanément. Gil pleure. En regardant les larmes passer de ses yeux à ses genoux, je prends les décisions les unes après les autres. Au goutte à goutte. Puis j’énonce :
– Je m’installerai ici, sur ce canapé, il me faudra cet emplacement là pour ma bibliothèque et un quart de l’espace de la table disponible pour faire mes recherches. J’ai besoin des relevés du neuromètre de ces trois derniers mois pour chaque membre de la famille, de tous les compte-rendus des soigneurs ou dresseurs de mammouths qui ont examinés Chöy ainsi que d’un planning précis de la journée de ton fils : je veux connaître ses heures d’éveil ainsi que l’intensité de ces éveils ; nous verrons ensuite comment partager ces périodes là entre le temps passé avec toi, le temps passé avec moi, et le temps passé avec lui-même, s’il en a besoin. Enfin, il me faut un accès et une présentation synthétique de tous tes dossiers personnels, puisque je suppose que tu consignes chacun de ses faits et gestes depuis le jour de sa naissance.
Gil ne reste pas sidérée longtemps. Elle se braque, répondant d’un ton sans appel :
– Je ne peux pas accepter ça. Que tu prenne Chöy en charge, c’est très aimable, mais je ne peux pas te laisser t’investir autant.
– Tu n’es pas en mesure de le refuser. À partir d’aujourd’hui, tu es également ma patiente Gil, et tu corresponds exactement à mon profil ; je sais exactement comment m’y prendre pour forcer les barrières des dames de pierre comme toi, lorsque mon métier m’y oblige. Alors soit tu l’admets tout de suite et tu nous facilites les choses, soit la cohabitation va être très difficile pendant quelques temps.
Seule une longue moue blessée me répond.
– Je te laisse faire la gueule, je vais embrasser ton fils.
Narwam, appartement de la résidence Sytropie
Le soir venu, je trouve au milieu de ma table basse une barquette de fraises minuscules et écarlates, sur lesquelles veillent huit tentacules impatientes. Nous partageons le festin avec Cil tandis que je lui raconte en tactile ma journée puis je rejoins mon lit plein d’une fatigue que je juge susceptible de m’emporter en quelques secondes à peine.
Pourtant, mon sommeil ne vient pas. Mon cerveau ventral semble agité, et je ferme mes neuras plusieurs minutes avant que la curiosité et l’impatience ne me pousse à les rouvrir pour tenter de comprendre ce qui m’empêche de savourer le repos serein que je mérite. Alors, quelques images abstraites remontent, mêlées à un sentiment de peur ou de crainte. Une matière molle, bleue, longue et cylindrique, que je n’identifie pas tout de suite vu l’état de somnolence dans lequel je me trouve. Puis je réalise que ce sont des visions de branches d’arbres à tête qui se sont emmêlées dans mes pensées primaires.
– Merde. Xylia.
J’envoie un message à l’enfant pour savoir si elle va mieux, puis me remémore ses paroles et son air sordide lorsqu’elle m’a dit « si je ne trouve pas mon Autre très bientôt, je vais devoir entrer en errance ». J’ouvre un écran mural sur le plafond de ma chambre et lance une recherche sur l’évolution des arbrions. La célèbre photographie norvégienne de son arbre national, un spectaculaire spécimen de deux-cent têtes, s’affiche ; le plus ancien et le plus gros des arbres à têtes, le seul à connaître un état de lignification étendu sur le tiers de son tronc, ce qui constitue le seul et le premier bois vivant sur la planète depuis la fin de XXIIeme siècle. Le tronc, large de plus de deux mètres, reprend sa couleur bleue pastel d’origine à un mètre vingt de hauteur ; c’est à ce niveau là que le menton de la tête la plus basse s’est déjà transformé en bois. Au-delà de cette hauteur, mis à part sa structure imposante, c’est un arbre à tête comme les autres : les branches cylindriques et souples ondulent doucement, supportant le poids des visages gris et paisibles éternellement adolescents qui émergent de part et d’autre.
Sous cette image, le cycle des arbres à tête est résumé, puis rapporté dans un tableau qui m’apporte quelques précisions que j’ignorais.
Les arbrions sont rejetés des arbres à têtes – environ tous les cinq ans dans le cas d’un arbre à quatre têtes – puis recueillis par des familles humaines (saps ou kads). On leur connaît trois signes distinctifs :
- leur couleur bleu vive à la naissance, qui se ternit et se rapproche du gris au fil des années
- leur grande souplesse, liée à leur squelette minimaliste et temporaire
- leur cerveau qui ne se développe plus et commence à régresser au-delà de l’âge de cinq ans ; seule leur mémoire est conservée intacte en vue de l’enrichissement de l’intelligence collective de l’arbre à tête qu’ils rejoindront.
Entre sept et dix ans, leurs organes génitaux ainsi que les doigts d’une de leurs mains commencent à se résorber. Ils entrent alors en « crise fusionnelle », un stade obsessionnel pendant lequel ils ont pour seule préoccupation la recherche de leur Autre, soit un second arbrion traversant ce même stade. Dès leur rencontre, les deux arbrions peuvent unir leurs deux mains pour ne former qu’une seule entité, nommé ablien, composée de deux individus autonomes reliés par un long membre souple. L’ablien peut ensuite reprendre une vie normale pendant plusieurs années, jusqu’à atteindre seize ou dix-sept ans, où l’état de « crise terminale » le pousse à se mettre en quête d’un arbre digne d'accueillir les deux jeunes têtes ou qu’il en fonde un lui-même. Lorsque ce jour arrive, leurs deux corps se confondent entièrement pour former ou rejoindre le tronc de l’arbre, et leurs membres deviennent des branches. Leurs visages et leurs pensée subsiste dans un état de semi-éveil appelé « état de sérénité ».
Dans les cent-trente lignes qui suivent cette introduction, je ne trouve rien concernant les individus qui ne trouveraient pas leur Autre, hormis quelques photographies et vidéos montrant les vastes étendues du sud, où les troncs souples et frangiles de dizaines de jeunes troncs d’un bleu vulnérable, translucide, se font fouetter par un vent sec et sableux. Ces quelques images effrayantes sont accompagnées de quelques vers tirés d’une légende arbrione :
L'arbrion qui n'a pas trouvé d'ami,
À l'âge du voyage, l'esprit engourdi,
Main malheureuse, moignon durci,
En errance entrera,
Toujours plus loin ira,
Trompé par un espoir affable,
Par delà le désespoir et par delà l’épuisement.
Par les étendues de sables,
Par les pleines battues par le vent,
Là où chaque autre vie s'arrête,
Résonnent les cris des arbres maudits,
Résonnent les cris des arbres à une seule tête.