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15 - Château Lune

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Par Lily

La pièce dans laquelle je pénétrai était sombre, coiffée d’un plafond haut magnifié par des voûtes en pierre. Je n’avais vu de tels plafonds que dans des musées, des églises voir des films.

Je vais vivre dans une improbable maison-château décorée de voûtes majestueuses.

Je n’étais pas encore au clair avec ma situation.

Parce que c’est trop absurde pour être vrai.

Et pourtant… j’étais là. L’espace qui se déployait autour de moi était suffisant pour accueillir un banquet de mariage. Un âtre aux dimensions démesurées, surmonté d’une arcade des mêmes pierres qu’au plafond, laissait ronfler un brasier réconfortant sous lequel rougeoyaient d’imposants galets. Une petite foule nous observait avancer, moi et ma Compagne. Cazelain nous rejoint d’une démarche élégante et guillerette. À l’écart, la silhouette de son ainé se découpait devant les flammes, n’offrant que son dos à l’assemblée.

— Damoiselle Luce, bienvenue dans la Grande Salle ! déclama le cadet du Clan du Loup.

Il engloba d’un ample geste tout ce qu’il était possible de l’être.

— Je vous présente le personnel du Château Lune.

Et, se tournant vers eux :

— Chères amies, chers amis ! Notre Invitée de l’Autre Monde… Accordez-lui tous les égards d’une Dame de Château !

Il recula de trois pas, comme s’il craignait de nous priver de quelques attentions.

— Je vous remercie d’avoir pris sur votre temps pour saluer comme il se devait son arrivée parmi nous.

Tous inclinèrent la tête. Seule une dame aux cheveux noirs entremêlés de fils d’argent s’abstint. Sa tenue était plus sophistiquée, d’un tissu plus soyeux et cousue de motifs recherchés.

Dame Isaure.

Dana m’avait préparée à ce protocole. À présent, je ne voyais plus d’un si mauvais œil son insistance pour m’entrainer à abaisser élégamment le menton face au colossal miroir à pattes de loup. Je savais qu’il ne fallait surtout pas les inviter à se relever. Je souris, dans la retenue, en prenant soin d’arborer une posture droite, mains jointes dans le dos pour cacher leurs tremblements. Heureusement, ces hommes et ces femmes employés à la bonne marche du Château ne s’attardèrent pas. Ils quittèrent d’un même élan la Grande Salle, en silence, leurs pas résonnant dans les hautes voûtes. Quand un bruissement de chuchotements inintelligibles finit par déborder du couloir, je poussai un discret soupir de soulagement.

Cette foule est humaine. Papotez, mais papotez donc.

Une femme trapue au tablier saupoudré de farine referma la double porte derrière elle. Ne restèrent que quelques craquements du côté de l’immense cheminée et Dame Isaure qui me détaillait sans retenue. Un pli sévère pinçait ses lèvres dépouillées de pigment artificiel. Dana m’avait mise en garde : Garde-toi de lui déplaire, mais sois préparée à cette fatalité. Seuls ses yeux étaient fardés, bordés d’un noir intense.

Comme ces femmes du désert.

Du moins, celui de mon monde. Y en avait-il seulement, ici ?

De grands pendants ornaient les oreilles de la Douairière des Loups et une bague sertie d’une rutilante pierre bleu nuit habillait l’index qui battait la mesure sur sa hanche, tel un métronome bien huilé. Je ne lui trouvai pas un abord sympathique. Ma Compagne de Château esquissa une courte révérence pour signifier son départ - elle n’avait pas été conviée au repas familial. Elle m’abandonna sans un geste ni un regard dans cet antre oppressant. La panique me noua la gorge. J’espérais que ce malaise ne se devinait pas.

Ou peu.

Wolf Storm continuait de se perdre dans la contemplation des morceaux de troncs qui se consumaient lentement dans le vaste foyer. Cazelain s’entretenait avec un homme massif revenu du couloir. Intrigant, l’homme : ses traits, son teint…

Son chapeau melon.

Et surtout, ces lignes et spirales bleutées qui recouvraient ses joues et son menton. Elles m’évoquaient le peuple Maori. Hasard ? Ou brassage culturel de précédentes moissons ?

Soudain, je me trouvai sotte, isolée de la sorte, dans cette pièce aux proportions démesurées. Je m’enjoins à m’approcher de Dame Isaure.

Tout de même… Elle a conscience que je la vois en train de me scruter ? Misère, qu’est-ce qui me prend de vouloir être polie ?

Ma tentative de rapprochement fut récompensée d’une expression hautaine. Pas un sourire ni même un frémissement d’œil fardé. Je hochai respectueusement la tête à son attention, comme me l’avait fait répéter Dana à peu près cinquante fois. J’ignorais si je rougissais ou blanchissais, mais mon cœur criait sa souffrance devant l’absence de réaction de la Mère du Clan du Loup.

— Dame Isaure, dis-je trop faiblement.

J’étais décidée à partir tenter ma chance auprès du fils ainé. Pourquoi n’avais-je choisi la facilité d’observer les flammes en silence à son côté ? Par politesse, je croisai les yeux charbonneux avant de me replier. Ils me poignardèrent avec férocité.

Papillonne-pas des yeux ! On dirait qu’elle veut me sauter dessus !

Dame Isaure ouvrit alors la bouche.

— Je n’ai jamais désiré qu’une Étrangère vienne s’immiscer dans cette famille.

Sa voix était grave mais dépouillée de suavité. J’oserai même dire, dépouillée de toute chaleur.

Mais je ne suis peut-être pas objective.

— J’ai de grands projets pour ce Clan, pour mon fils. Entendez bien, petite arriviste : gardez-vous de les mettre à mal par de quelconques fantaisies. Faites-vous discrète ou votre vie deviendra ce que certains nomment enfer dans votre monde voué à l’extinction.

Mes paupières papillonnèrent. Là, j’étais livide.

Note à moi-même : éviter cette vouivre.

Je réalisai qu’elle venait d’employer un mot de mon monde, sa prononciation avait été dénaturée… J’hésitai à l’interroger quand Cazelain, tout en charme, s’inséra entre nous.

— Mère, voyez ce que m’a rapporté Lazus de son pèlerinage chez son frère.

Il tenait une boite plate et peu épaisse, ornementée de reliefs. On eut dit de l’os taillé.

— Je le lui ai ravi à prix d’ami au Château Royal. Les feuilles de ce coffret sont uniques, loua-t-il. Entendez leur origine : des arbustes des Régions Sèches bouturés sur les Côtes Salées. Un nouvel arôme, unique. De quoi faire mousser vos amis lors de vos petites réunions privées.

D’un geste expert, il fit sauter le mécanisme pour dévoiler de petites feuilles marron foncé, séchées et aplaties.

— Voudriez-vous me faire savoir si j’ai eu tort ou raison de lui demander de m’en mettre quelques autres coffrets de côté? J’ai crainte de m’être laissé berner. Je n’ai aucun goût pour ces fumisteries, vous le savez bien. Je vous ferai cadeau de quelques unités si cela vous plait.

Dame Isaure s’appropria le coffret avec une expression gourmande sur le visage.

De la chaleur humaine ! Elle n’en est peut-être dépourvue qu’avec l’Étrangère que je suis…

— Je me fais une joie de vous être utile, mon fils.

Même sa voix est un tantinet plus agréable…

Elle sortit toutefois sans un mot pour quiconque, les feuilles à fumer glissées sous son bras, la démarche étrangement réglée sur les staccatos de mon cœur.

****

Cazelain me regardait d’un air entendu. Sa mère partie, il s’était tourné vers moi habillé d’un grand sourire.

— Je vais devoir trouver autre chose pour son anniversaire. Vous m’en devez une.

— Vous venez de manipuler votre mère pour qu’elle quitte la pièce ?

Non, je n’ai pas osé dire ça.

— Gare, j’aime profondément ma mère. Mais je la sais dure lorsqu’intervient un élément qu’elle n’avait pas calculé dans ses projets. Et vous êtes un élément imprévu dans ses projets.

Mais…

— Pourquoi suis-je ici si je suis un élément imprévu et … indésirable ?

Le jeune homme gloussa.

— Mère n’est point la Cheffe du Clan. Et ses projets nous sont de toute façon pour la plupart obscurs. Elle ne s’en ouvre jamais, à moins que nous ne les devinions car, alors, à quoi bon les cacher ?

J’observai son air désinvolte et me rappelai son aveu sur ses propres demi-vérités.

Quand les chats font des chats.

— Cela me rappelle un fait que je dois vous avouer, Damoiselle Luce.

Je n’aimai pas ce virage sérieux dans son expression.

— Lors de notre brève rencontre, je réalise vous avoir jugée à tort. Je me suis arrêté à cette robe bouffie et étrangement rabotée dont on vous avait affublée. À cette coiffure si sévère qui étirait votre crâne. Sans parler de ce rouge ridicule sur vos joues. Toutefois…, je vous redécouvre en l’instant. Cet apparat simple et cette coiffure typique de chez nous vous siéent à ravir. Je suis sincère. En réalité, je vous trouve fort agréable à regarder.

Sa voix s’était faite douce comme une caresse. Je voulus déjouer ce qui m’apparaissait n’être qu’une approche bien rodée.

— Vous vous êtes targué de ne jamais mentir, venez-vous seulement d’être sincère ?

— Bien sûr.

Il est doué, m’agaçai-je en sentant mon orgueil frémir.

Ma raison gronda.

— Charmez-vous toujours ainsi les femmes que vous rencontrez ?

— Non, ronronna-t-il, je garde mes compliments pour celles que je trouve réellement belles.

Trop doué.

D’ordinaire, je fuyais les joueurs de charme et n’engageais pas ce genre de partie.

Chat échaudé…

— J’insiste, vous êtes faite pour épouser notre mode locale, dit-il en effleurant ma taille d’une main légère.

Je reculai et tentai de trouver une remarque ou une question, quelque chose pour ramener notre échange à un sujet plus sage.

— En parlant de mode locale, est-ce l’usage de maintenir ce lieu dans la pénombre ? C’est …

— Pardon, me coupa-t-il, sont-ce vos cheveux naturels ?

— Mes… ? Évidemment.

— Étonnante harmonie.

J’haussai haut un sourcil.

Qu’est-ce qu’il cherche à faire ?

Ce n’étaient que des mots, simples de surcroit. Je m’en voulais d’être si facilement déstabilisée, je manquais d’assurance.

— Ce marron chaud, le gris dans vos yeux, ce rosé sur vos lèvres…, chaque teinte au service de l’autre, continua-t-il de pérorer.

Il effleura d’un doigt le fin réseau de mèches tressées près de mon oreille. Une pierre bleu nuit y brillait, plus discrète que celle de sa mère.

— C’est une palette apaisante à regarder, murmura-t-il en traçant une ligne brûlante sur ma joue.

Puis il se pencha vivement et y déposa un baiser, si proche de mes lèvres que j’eus la sensation de goûter les siennes. Le rouge irradia mon visage. Je serrai les mâchoires à m’en faire mal et écrasai ma langue contre mes molaires. Je lui crachai le plus noir des regards, mais restai figée. Que devais-je faire ? Je devais réagir, fermement !

Cazelain recula de lui-même.

— De cette brève intimité volée, je m’octroie le droit d’à présent te tutoyer.

Il compte s’octroyer autre chose ? Il peut aller se…

— Paix, Luce. Vive et saine réaction ! Je suis désolé. N’aie crainte, dès ce jour, je te promets de ne plus te toucher sans ton accord explicite.

Il porta contre ses lèvres la main qui m’avait caressé la joue et m’envoya un baiser du bout des doigts.

— Cela suffit, Cazelain, gronda la voix de son ainé.

L’accusé se tourna vers la haute silhouette qui s’était détournée des flammes.

— Mon frère ! s’extasia-t-il. Maintenant, c’est maintenant que je scelle ma promesse. Mais il est temps que j’aille récupérer notre mère, tu sais que je n’aime pas la laisser s’enfumer trop longtemps les poumons.

Il envoya un identique baiser du bout des doigts à son ainé avant de s’en aller, le port altier.

Un jouet. J’ai l’impression d’être un jouet.

Son départ me ménagea un tête à tête avec Wolf Storm - même si deux longues tables auraient pu se glisser entre nous. Tandis qu’il me jaugeait, un lien se tissa dans mon esprit.

Le fantôme de l’opéra…

Je songeai à cette triste histoire. Comme ce héros maudit, il portait ce soir un masque qui moulait et camouflait la partie dévastée de sa face.

Il est moins terrible à regarder le visage à demi-camouflé.

C’était moins dissonant. Moins discordant.

Il semblait contrarié.

— Que ce soit clair, assena-t-il, car il me semble louable de le rappeler : partout en ce monde, le respect de l’intimité est un droit. Aucun acte ne peut être imposé. Même par mon frère. Même par moi. Même par le Roi.

— J’entends, répondis-je avec hargne.

Je dépose encore ma colère sur lui, par défaut. Ce n’est pas bien…

Alors j’adoucis mon air bravache. Cet étrange masque me permettait de le regarder sans m’inquiéter de son œil noir. Mais une légère douleur commença à m’incommoder à l’arrière du crâne. Il hocha du menton et se retourna vers les flammes. Cazelain et Dame Isaure furent de retour l’instant d’après. Charme et hostilité. Dans quelle extrême allais-je être propulsée ? J’aurais voulu m’approcher des flammes pour m’y perdre à mon tour. Mais je n’osai pas.

****

J’étais nauséeuse. Ce repas était une torture. Ce plat, insurmontable.

J’insupportais Dame Isaure. La Mère du Château Lune ne m’avait plus adressé la parole depuis notre unique et bref échange mais elle ne se cachait pas d’évoquer la stupidité que je lui inspirais.

— Prendrait-elle plus de plaisir à être debout qu’assise ? Pourquoi ne s’assied-t-elle donc pas ? avait-elle vitupéré à son jeune fils peu de temps après leur retour dans la Grande Salle.

— Je pense qu’elle ignore notre coutume, Mère. Je m’en vais la lui expliquer.

Ladite coutume consistait à offrir à l’invité le plus fraichement débarqué le privilège de lancer le repas ; à lui de s’installer à la place d’honneur de la tablée, celle au centre, lorsqu’il était prêt à se sustenter. Une fois informée, je m’étais empressée de rejoindre la place en question.

Les griefs s’étaient succédé au cours du repas. Maitre de l’aiguillage, Cazelain lissait chaque tension chuchotée par la voix irritée de sa mère en l’entrainant vers diverses anecdotes. De mon côté, j’avais joué à l’oreille sourde sans m’empêcher de savourer la mise en bouche - une mousse vaporeuse semée de légumes croquants coupés en dé - et l’entrée - une soupe épaisse qui ne goûtait pas sa teinte aubergine. L’ignorer avait été plus compliqué en l’attente du plat principal.

—  Elle passe pour une fillette ainsi nue de tout bijou.

— Je penserai à en toucher un mot auprès de sa Compagne.

— Je remets toujours ton choix en cause quand à cette inconnue. Une Dame de Château pareille à une charette vide guidée par une roturière sans expérience ou presque. Autant abandonner un jeune enfant face à un fossé ; l’inévitable, si le miracle ne vient point, ne saurait être pardonné.

— Ayez confiance en mon jugement, Mère. Et je vous en supplie, gardez-vous d’encore aborder ce sujet le temps d’une première lune, au moins. Là, nous aurons plus de matière à débattre sur mon échec ou ma réussite.

Dame Isaure avait penché son verre de vin pour en taper la table de son pied transparent.

— Soit, mon fils, je n’aborderai plus ce sujet pour le quatrain à venir.

Elle avait ensuite enchainé des gorgées rouge sombre jusqu’au plat suivant ; une parcimonieuse poêlée de pommes de terre mêlées à une étonnante racine sucrée et fondante de teinte safran. Là avaient repris les hostilités.

— Elle semble être une personne peu sûre d’elle ; même la tenue de ses couverts souffre de son indécision. Elle passe d’une prise droitière à une prise gauchère sans aucune considération pour l’une ou l’autre de ses mains.

— Peut-être est-ce l’usage là d’où elle vient ? tenta Cazelain tandis que je m’accrochais à ma fourchette. Vous-même n’étiez-vous pas arrivée avec quelques habitudes que feu Grand-père avait trouvées saugrenues ?

— Celles dont je ne m’étais empressée de me défaire, il les avait lui-même adoptées. Et pourquoi ne se sert-elle pas de viande ? insista-t-elle.

Un employé du château avait déposé au centre de la table une volaille à la croûte dorée. Dame Isaure avait invité son ainé à la découper. Ma tête avait dû en dire long, car celui-ci avait disposé une part dans chaque assiette exceptée la mienne. À voir Cazelain dépiauter sa cuisse d’un adroit doigté, je ravalais encore la bile qui remontait par vagues incessantes de mon estomac supplicié.

— Chère Luce, auriez-vous un régime excluant la viande ? m'interrogea-t-il d’un ton enjoué.

Parler signifiait ouvrir la bouche.

Impossible.

— Ce n’est pas une raison pour changer de couleur.

Dame Isaure ne chuchotait plus.

— Damoiselle, si vous vous donnez en spectacle sans prendre un temps soit peu sur vous lorsqu’un plat vous incommode, vous ne vous attablerez plus en ma présence.

Les pieds de la chaise de Wolf Storm raclèrent bruyamment le sol. L’air sombre, il se tint debout, son attention braquée sur sa mère - mais pas dirigée vers son visage ; il fixait un point quelque part entre son épaule et sa clavicule.

— Ces doigts velus qui n’en sont pas, dit-il d’une voix dure, ces griffes qui tranchent et sectionnent, ces gueules qui hachent. La première fois que j’ai assisté au spectacle d’une Bête se nourrissant de mon prochain, j’en ai été longuement malade. Je me souviens la façon dont chaque viande me retournait l’estomac. Deux sinon quatre quatrains m’avaient été nécessaire pour y revenir. Mère, vous êtes bien des choses, mais vous n’avez jamais été une guerrière. Laissez à celles et ceux qui ont vu le temps de se remettre.

Il a compris.

J’avais entendu le craquement d’un corps qu’on ouvre de force, j’avais vu leurs mains-pattes s’y servir, délicatement, morceau par morceau...

Ça suffit.

Cazelain pressa deux doigts sur son front avant de s’exclamer :

— Mais oui ! Je m’en souviens ! La brave Midine, encore jeune à l’époque, te préparait de minuscules tourtes pour t’en faire manger à ton insu.

— Cela ne me dit rien, renifla Dame Isaure.

— Douce apparition ! s’écria Cazelain en désignant le couloir. Venez, chère Dana, vous nous revenez au bon moment !

Il me détailla brièvement :

— Luce, désires-tu regagner tes quartiers ?

J’acquiesçai, honteuse de ne pouvoir desserrer les lèvres. Dame Isaure émit une note de dédain.

— Tu ne te rassieds pas, Wolf ? cingla-t-elle. Tout ceci n’est pas dans tes habitudes.

— Une migraine. Cela m’a toujours coupé l’appétit.

Il n’avait pratiquement pas touché à son assiette. Il s’en fut sans un mot de plus.

— Quittez donc la table dans son sillage, Luce, j’accompagnerai Mère pour faire honneur au dessert, gazouilla Cazelain comme si rien de fâcheux ne venait de se passer. Dana, vous lui ferez visiter le jardin d’hiver en chemin.

— Oui, mon Sieur.

Il n’avait pas proposé. Dana s’y plierait. J’espérais que de nombreux pots de fleurs jalonnaient ce jardin. J’espérais aussi que les repas en famille faisaient office de rareté au Château Lune.

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