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Nauli – Mère

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article 609

Elle était accrochée à ses iris et ses paroles. Réalisait-il seulement à quel point sa présence la rassurait ? On l’avait prévenue, on lui avait expliqué comment tout allait se passer. Elle était emplie d’appréhension autant qu’impatiente. Dans le giron de Lémèn, elle se sentait bien ; dans son ombre, elle se sentait en sécurité. Elle n’avait pas osé lui demander d’être dans cette position, et lui, le plus naturellement du monde, le lui avait offert. Il la surplombait, avec ce visage de pierre. Elle seule pouvait entendre les échos de son cœur, qui endormaient ses peurs à elle. Sa montagne veillait avec amour.

Merci, ma Lune.

Les deux sages-femmes avaient fini et attendaient non loin, par respect pour ce moment entre eux deux avant que leur rôle n’exigeât leur présence. L’après-midi était bien entamé quand les premières contractions se manifestèrent, légères et douces. Puis elles se firent de plus en plus rapprochées. De plus en plus fortes. Elle se mit à haleter. À crier. La douleur l’irradiait tout entière. Elle entendait à peine les encouragements des Inrimes à ses côtés. Elle s’accrochait à Lémèn. Sa main. Ses yeux. Il restait de marbre, mais toujours aussi doux dans ses mots et ses gestes. Le seul signe qu’il partageait ses affres était son souffle, qui semblait court.

Comment fais-tu ?

Une contraction plus violente que les autres et elle lui broya presque la main. Il essuya pourtant avec la même tendresse ses yeux humides, afin qu’elle puisse rester ancrée à son visage.

« La tête arrive !, s’écria Sivia. Encore un effort, Nauli ! »

Notre bébé…

Ce rappel, cette raison pour laquelle elle subissait cette épreuve, lui donna un sursaut d’énergie. Dans un hurlement rageur, elle mit toutes ses forces pour l’aider à venir à l’univers. Après cet effort, elle se sentit éreintée. On l’avait avertie que l’accouchement lui saperait ses forces, peu importe son endurance. Elle n’avait pas imaginé à ce point. Elle ouvrit faiblement les yeux sur Lémèn. Il montrait enfin un visage crispé, et ses ahans lui indiquaient son épuisement, à lui aussi. Son regard se cramponnait à elle autant qu’elle se cramponnait à lui.

Combien de temps encore ? Je n’en peux plus…

Elle appréhendait la prochaine contraction. De ne pas être à la hauteur. D’être une mauvaise mère au point de ne pas être capable de donner naissance. De…

Un son aigu.

La contraction ne venait pas.

Pourquoi ?

Des vagissements.

Elle leva péniblement la tête pour voir les sages-femmes, d’où venait ce bruit. Les Inrimes s’étaient figées dans leur stupéfaction. Blòkra tenait une petite masse mauve qui criait à pleins poumons, au duvet violet sur sa petite tête et aux membres griffus.

Notre enfant.

Ses bras se tendirent vers ce petit être qui l’appelait. Qui avait besoin d’elle.

« Je suis là… Ne pleure pas… », murmura-t-elle, exténuée.

Cela suffit pour que Blòkra sortît de sa torpeur, et qu’elle approchât avec un grand sourire. Elle déposa délicatement l’enfant dans son giron, en lui annonçant :

« Félicitations. C’est une petite fille. »

Instinctivement, ses bras l’enlacèrent. Pour sécher ses larmes. Pour la protéger. Pour lui donner de la chaleur, de l’amour. Avec ce geste maternel, les cris et les pleurs perdirent en intensité. Ses larmes renouvelées, une joie indicible aux lèvres, elle chuchota à ce petit être si cher :

« Kéjara… C’est moi, ta maman… Bienvenue… »

Elle embrassa la fragile tête encore poisseuse de liquide amniotique. Elle nageait en plein rêve, pourtant tout était bien réel : elle était devenue mère.

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