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Lémèn – Père

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article 486

La douleur était terrible ; il voulait hurler. Mais il ne pouvait pas. Nauli souffrait le martyr dans sa lutte et ne le lâchait pas du regard, déterminée. Il avait beau subir autant qu’elle avec le Lien pour ce moment, il serait le roc sur lequel elle pouvait s’appuyer. Tout en intériorisant sa souffrance, il poursuivait ses gestes d’encouragement et de soutien.

Tiens bon ! Je ne te lâche pas !

Il était tellement concentré pour demeurer impassible qu’il ne comprit pas ce que Sivia leur cria. Il vit néanmoins les iris de Nauli s’embraser soudainement, et l’éclair de douleur qui le foudroya faillit le faire céder. Elle émit un long hurlement combatif, avant de s’affaisser, visiblement affaiblie. Il n’en menait pas large non plus ; la fatigue érodait sa résolution. Il ne parvenait plus à réguler son souffle, désormais haletant. Ils ne se quittaient pas des yeux. Nauli semblait l’implorer de lui donner de la force.

J’aimerais pouvoir le faire, mon Soleil… Combien de temps cela va-t-il encore durer ?

Ils étaient tous deux à bout de forces. Il appréhendait les prochaines contractions. Ce fut alors qu’il entendit un cri, qui ne venait pas de Nauli. Cette dernière relevait la tête en même temps qu’il dirigea son regard vers la source de ces sons. Puis il la vit, cette petite chose merveilleuse, le fruit de leur labeur. Ses couleurs lui rappelaient de mauvais souvenirs, et pourtant, il ne pouvait décrocher son regard.

Notre bébé.

Quand il parvint à reprendre conscience des deux sages-femmes avec eux, leur expression de stupéfaction l’emplit de crainte. Comment allaient-elles réagir ? Qu’allait-il arriver ? Ses interrogations furent réduites au silence par la voix vibrant d’émotion de Nauli, dont les mains réclamaient désespérément d’enfin tenir l’enfant, pour lequel elle s’était échinée d’interminables heures. Ses peurs s’évaporèrent définitivement, lorsque la surprise céda la place à un sourire sur le visage de Blòkra, qu’il reconnaissait comme sincère.

« Félicitations. C’est une petite fille. »

Cela semblait si irréel. Il peinait à réaliser. Nauli enlaçait leur petite et sa voix chevrotait en embrassant la tête de Kéjara.

Kéjara.

C’était son nom. Si beau. Il approcha une main hésitante de sa fille.

Est-ce un rêve ?

La main minuscule de Kéjara, dans ses gesticulations, rencontra ses doigts. Elle s’y agrippa et ses vagissements cessèrent totalement. Ce contact, cette connexion, le tira de sa rêverie. C’était bien réel ; il vivait vraiment cet instant. Malgré ses yeux qui s’embuaient, sa vision et ses pensées étaient claires. Au milieu de ce bonheur qui le submergeait, s’ancrèrent une volonté et une détermination réaffirmées, telles qu’il ne les avait jamais connues. Il la protégerait. Il la rendrait heureuse. Il serait son pilier. Il répondit à la frêle poigne avec une tendresse aimante : il était devenu père.

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