side_navigation keyboard_arrow_up

Chapitre 5

visibility 0
article 960
Par Carlarqlm

La rue des Lilas était, comme son nom l’indiquait, bordée de magnifiques fleurs violettes. L’air y était parfumé et tous ceux qui y habitaient semblaient heureux. Hubert et Mauricette volaient en éclaireur pour trouver la maison de Gaston le chat, tandis que Doud, Arès et Pudding avançaient au rythme, lent, de ce dernier.

Hubert piqua vers Doud.

— On l'a trouvé. Il est dans son jardin. Mais... c'est bizarre.

— Bizarre comment ? demanda Doud.

— Tu verras, dit Mauricette.

Ils s'approchèrent discrètement de la clôture du jardin et passèrent la tête par-dessus. Là, au milieu des lilas, un jeune chat noir aux yeux dorés tournait en rond en murmurant pour lui-même, une patte posée sur le cœur.

— Ô Jasmin... commença-t-il d'une voix tremblante d'émotion. Depuis le premier jour où je t'ai vue dans ce jardin...j'ai su que... non, non, c'est nul.

Il secoua la tête et recommença.

— Jasmin, je... tes yeux sont comme deux...deux...

— Étoiles ? chuchota Arès, captivé.

Tout le monde se retourna vers lui.

— Quoi ? dit Arès. C'est romantique.

Gaston fit volte-face, les yeux écarquillés. Il y avait cinq animaux qui le regardaient par-dessus sa clôture.

— Je... vous... ce n'est pas ce que vous croyez, bredouilla-t-il, les oreilles couchées en arrière.

— Je m'appelle Inspecteur Doud, dit le fox terrier calmement. J'enquête sur le saccage du rosier de Madame Bellamy. Vous avez été vu dans les parages cette nuit.

Gaston se raidit.

— Je... je me promenais, c'est tout.

— À deux heures du matin ?

— J'aime... les promenades nocturnes.

— Près du rosier de Madame Bellamy en particulier ?

— C'est un beau rosier, dit Gaston d'une voix faible.

— C'était un beau rosier, le corrigea Doud.

Gaston baissa les yeux. Il tripotait nerveusement ses pattes avant et ses oreilles ne cessaient de s'aplatir sur sa tête.

— Je n'ai rien fait, dit-il enfin. Je le jure.

— Alors dites-moi pourquoi vous étiez là.

Gaston ne répondit pas tout de suite.

— Je... je ne peux pas.

Doud l'observa un moment. Il allait reprendre son interrogatoire quand une voix s'éleva depuis le fond du jardin.

— Ce n’était pas lui.

Tout le monde se retourna. Pudding était allongé dans l'herbe et examinait ses griffes d'un air ennuyé. Il leva les yeux.

— Il était avec son amoureuse. Elle s'appelle Jasmin. Elle habite au numéro 4. Tout le monde est au courant sauf vous apparemment.

— Tu savais ?! s'exclama Doud.

— Évidemment.

— Et tu ne m'as rien dit ?!

— Tu ne m'as pas demandé, dit Pudding en refermant les yeux.

Gaston regardait ses pattes, les joues en feu sous sa fourrure noire.

— C'est vrai ? dit Doud en se retournant vers lui. Vous étiez avec Jasmin cette nuit ?

Le jeune chat hocha la tête sans relever les yeux.

— On... on se retrouve souvent la nuit près du rosier. Parce que ça sent bon. Et parce que personne ne nous voit.

Il releva enfin les yeux vers Doud.

— Vous n'allez pas le dire à tout le monde j'espère ?

— Ce n'est pas mon rôle, dit Doud. Mais j'ai besoin que Jasmin confirme votre alibi.

Comme pour répondre à son nom, une petite chatte blanche aux yeux verts apparut au bout de la rue. Elle s'arrêta net en voyant tout ce monde devant le jardin de Gaston.

— Euh... bonjour, dit-elle timidement.

Arès la regarda puis regarda Gaston puis regarda de nouveau Jasmin.

— Elle est très jolie, chuchota-t-il à Hubert.

— Chut, dit Hubert.

— Mais c'est vrai.

— CHUT.

— C’est vous Jasmin ? demanda Mauricette à la chatte blanche en lui voletant autour.

— Oui c’est moi, répondit-elle avec grâce, que voulez-vous ? Et que faites-vous chez Gaston ?

Elle regarda le groupe et se plaça d’instinct à côté de son amoureux pour le protéger.

— Je m'appelle Inspecteur Doud, dit le fox terrier. J'enquête sur le saccage du rosier de Madame Bellamy. Gaston a été vu sur les lieux cette nuit. Il prétend qu'il était avec vous.

Jasmin regarda Gaston. Gaston regardait ses pattes.

— C'est vrai, dit-elle simplement. Il était avec moi toute la nuit.

— Vous en êtes certaine ?

— Certaine, dit-elle d'une voix ferme. On s'est retrouvés près du rosier vers minuit et nous y sommes restés quelques heures. Gaston n'a rien touché. Il n'aurait jamais fait une chose pareille.

Elle posa une patte sur l'épaule du jeune chat noir.

Gaston releva enfin les yeux. Il avait l'air à la fois soulagé et mortifié.

— Merci, dit-il dans un souffle.

— C'est bon, dit Jasmin. Tout le monde était au courant de toute façon.

— Pas tout le monde, marmonna Gaston.

— Tout le monde, répéta-t-elle en souriant.

Doud les regarda un moment puis hocha la tête.

— Très bien. Merci à vous deux.

Il fit demi-tour et s'éloigna lentement de la clôture. L'équipe lui emboîta le pas en silence. Doud marchait sans rien dire. Ses trois suspects s'étaient évaporés les uns après les autres. Céleste avait un chemin habituel. Cunégonde était trop lente. Gaston avait un alibi.

Il ne lui restait plus rien.

— Et maintenant ? demanda Arès qui trottinait à ses côtés.

Doud s'arrêta au milieu de la rue des Lilas. Il ferma les yeux une seconde. Quelque chose lui échappait. Un détail. Une odeur. Une piste qu'il n'avait pas suivie.

Il pensa aux petites empreintes devant le rosier. Rondes, minuscules, avec de petites griffes. Il pensa au trou béant sous les branches cassées.

— On retourne chez Madame Bellamy, dit-il enfin.

— Pourquoi ? dit Pudding.

— Parce que j'ai raté quelque chose.

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.