— Que s’est-il passé ? demanda Strada d’une voix calme. Reprends ton souffle et dis-nous. C’est le démon ?
— Oui, approuva-t-elle tandis qu’on l’aidait à retirer son bandeau infrarouge et ses gants. Le même que j’ai vu la dernière fois. Il a enfermé Tony dans un lieu clos et a bouché toutes les issues. Il a fait tout ce qu’il a pu pour sortir et j’ai fait ce que j’ai pu pour le tirer de là, mais le temps passait. Il m’a dit qu’il trouverait un moyen de rester en vie, que je devais retourner le chercher. Et c’est exactement ce que je vais faire. À la prochaine éruption, je…
Strada lui posa une main sur l’épaule.
— Chris, je suis désolé, mais Tony ne peut pas survivre dans les limbes quand la porte est refermée, tu le sais comme moi. La température grimpe jusqu’à des sommets qu’aucun homme ne peut supporter. Tony est mort.
— Il va trouver une solution, assura Chris. Il est comme ça, il trouve toujours un truc. Dès la prochaine ouverture, j’irai le plus loin possible et je le retrouverai.
— À la prochaine alerte, tu auras pour mission de ramener des minerais et de sauver les victimes des spectres qui ont réussi à infiltrer Eïr, rétorqua Strada.
— Tony est primordial pour la sécurité de la ville ! cria l’apprentie au supplice.
— Il y a au moins cinq possédés dans les rues, ce sont autant de vies en sursit, et plus s’ils explosent au milieu d’une foule.
— Chef, intervint l’un des brigadiers qui les observaient. Je crois que vous devriez lui laisser le temps de…
— Tu as déjà une mission, l’ignora Strada. Tu ne peux pas te permettre de courir après une cause perdue. Est-ce que c’est clair, Chris ? On a besoin de toi.
La jeune femme se crispa, ployant sous la responsabilité que Strada faisait peser sur ses épaules. Elle soutint son regard et se sentit tout à coup très calme. Elle tira son pistolet déchargé de son holster et le laissa tomber par terre. Elle fit basculer son sac et le lâcha à son tour.
— La cafetière, Tony la veut, précisa-t-elle.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Luc inquiet.
— Christelle ? se fâcha Strada.
— Vous avez besoin de l’équipement pour aller sauver la ville, ramener de l’or pour les échanges, bla-bla-bla, dit-elle. Moi c’est fini. Faites-le vous-même.
— Tu veux déserter ? s’emporta Strada. Mais tu n’es pas bien, jeune fille !
— Faites-le vous-même, répéta-t-elle.
— Tu sais que je ne peux pas. La Terreur bloque la plupart d’entre nous. Tu es la seule capable…
— Trouvez quelqu’un d’autre.
Pour couper court à la situation elle partit en courant. Plusieurs membres de la Brigade s’élancèrent à sa poursuite. Elle était plus rapide qu’eux. Mais pour être sûre qu’ils abandonnent, elle dégagea son grappin et tira. Elle s’envola en direction du toit d’une maison et leur échappa.