Autrefois, j’étais connectée à toi, Eau. Je pouvais troubler la surface d’un étang de vaguelettes en t’observant, arrêter la pluie avant que tu touches mes cheveux, je pouvais... Mais ces temps-là sont révolus. La lumière qui me connectait à toi s’est dissipée. La ténébrume qui vous appartenait, à vous les Esprits et que nous vous avons volé, l’a avalée.
Envolée, l’extension de moi-même, évanouie ta présence, mon Esprit. J’ai volé ce qui vous permettait de contrôler la lumière, votre essence. J’ai volé et j’ai été punie. Vous serez toujours là pour me hanter, pour me susurrer la haine, la peur, l’angoisse, la souffrance de tous ceux que j’ai déconnectés. Et je vivrai infiniment dans vos chuchotements et les cauchemars jusqu’à ce que je vous rende ce qu’on vous a pris.
On peut penser que sept-cents ans, c’est long. On a le temps de vivre mille vies. J’en ai expérimenté vingt. Dans plusieurs corps, de leur aube à leur crépuscule. Je me sens vieille comme un rocher. Mon temps est venu. Je le sais, je le sens pulser. Sept-cents ans. Il est temps de mourir et de marcher sans laisser de traces.
Encore une vie, une dernière fois.