Mr Julian Spellward M. Guillaume Vaillancourt
Orphelinat de Penastrel 26 Boulevard de Clichy
14 Chemin des Landes 75018 Paris
Penastrel
Cher monsieur Spellward,
De mon vivant, je ne pensais pas rencontrer un autre voyageur de monde parallèle. Mais quand j’ai lu votre histoire dans le journal, j’ai tout de suite su qu’il me fallait vous écrire.
D’après Le Monde, vous aviez quatorze ans le jour de votre disparition. La semaine dernière, huit ans plus tard, on vous a retrouvé errant dans les landes des Cornouailles, tel que vous étiez le jour de votre départ : les mêmes vêtements, les mêmes traits juvéniles, comme prisonnier d’une photographie . Pourquoi n’aviez-vous pas grandi ? Même les médecins qui vous ont examiné n’ont pas trouvé d’explication.
En cette heure où le monde entier a les yeux rivés sur la faille temporelle que vous représentez, je ne peux m’empêcher de trembler en songeant aux sentiments qui doivent vous traverser. Revenir après tant d’aventures. Découvrir la disparition de votre famille. Se retrouver contraint de vivre dans un orphelinat.
Tous vos repères se sont écroulés.
Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.
Je comprends tout à fait votre silence face à la presse. Personne, ici, n’est prêt à entendre la vérité. Sachez cependant que je la connais et laissez-moi vous en convaincre. Peut-être cela rendra-t-il votre retour parmi nous plus supportable.
Quand on expérimente ce qui se trouve au-delà de notre quotidien si ordinaire, je sais à quel point il peut être difficile d’y revenir.
Avec cette lettre, vous trouverez une copie d’un de mes journaux de bord du temps où j’étais explorateur. En France, mes expéditions m’ont rendu célèbre, jusqu’à ce que j’entreprenne celle qui allait à jamais changer mon existence. Vous y trouverez des similitudes avec la vôtre, j’en suis certain !
J’espère que ces pages vous seront instructives et vous sortiront de votre mélancolie dévorante.
J’ai joint à mon journal une autre lettre. Ouvrez-la seulement une fois votre lecture terminée. Vous y trouverez réponses et conseils.
Dans l’espoir que vous trouviez dans tout cela la force d’aller de l’avant.
Bien à vous,
Guillaume Vaillancourt
Septembre 1948.