C’était comme s’il sortait d’une longue apnée. Avec cette respiration de retour, le monde retrouvait ses couleurs, ses odeurs, ses chants et ses textures. Et par-dessus cette myriade chaotique de vie, un joyau, hypnotique tel un kaléidoscope, irisant ses sens et son cœur de ses innombrables facettes, l’envoûtait ; son Lien de Sinilodjil, dont les verrous qu’il s’était imposés avaient volé en éclats face à la force de leur baiser, lui transmettait à nouveau les plus intimes émotions de sa bien-aimée.
Tu m’as tellement manqué.
L’instant de magie que fut leur longue marche lui apparut si court, si bref, trop court, trop bref.
Je ne veux pas que ça s’arrête…
Au bord du bassin, il la déshabilla pendant qu’elle le débarrassait de ses vêtements. Elle ne broncha pas.
Je dois commencer à lui rendre tout ce qu’elle me donne, si je veux être digne d’elle.
Était-ce honnêtement la vraie raison, ou l’envie irrépressible de maintenir ce contact langoureux ? Il n’en était pas sûr ; la nébulosité gagnait ses pensées alors qu’elles perdaient leur cohérence. Il nageait en plein rêve en descendant dans le bassin avec Nauli. Cette fois, sa peau s’embrasait sous ses mains ; bien que plongé dans l’eau, le feu était inextinguible. Lorsque leurs rôles s’inversèrent, le brasier continua de gonfler et croître en lui. Il luttait contre ses pulsions pour les contenir ; heureusement, ses doigts savaient instinctivement comment bien s’occuper de Nauli.
Je… dois… tenir…
Il était temps qu’elle se retournât ; à peine toucha-t-il une mèche azurée, il sentit une raideur entre ses jambes. Il prolongea le moment ; il ne parvenait pas à apaiser l’envie bouillonnante qui le dévorait.
Je… ne… peux… pas… lui… imposer…
Soudainement, elle fit volte-face, les yeux fiévreux. Au mouvement de ses iris, il comprit instantanément qu’elle avait vu. La surprise troubla sa concentration, ce qui lui permit de prendre conscience du désir ardent de l’autre côté du Lien. Sans crier gare, la bouche de Nauli embrassa passionnément la sienne ; corps contre corps, l’incendie fit rage dans le bassin. Quand ses flammes se calmèrent, ils étaient étendus dans l’herbe non loin, pris dans l’étreinte de l’autre, épris l’un de l’autre.
« Nous devrions peut-être rentrer nous coucher, murmura-t-elle d’une voix basse comme si elle craignait de briser ce moment.
— Pourquoi ? demanda-t-il avec la même attention. La lumière des étoiles te va si bien.
— Essayerais-tu de me séduire à nouveau ?, gloussa-t-elle d’un rire discret mais sincère.
— Il faut bien après ce que je t’ai fait subir…
— Mon cœur a toujours été tien, lui souffla-t-elle en posant un doigt sur ses lèvres. N’y pense plus. Je te donnerai autant de raisons de vivre qu’il te faudra ; ma promesse n’a pas changé.
— … Merci. Vraiment. Je… Je… »
Ai-je le droit de le lui dire ?
« Dis-le, je veux l’entendre. »
Ses prunelles pétillaient d’impatience. Sa peau scintillait sous les paillettes de la voûte nocturne. Comment savait-elle ce qu’il hésitait à dire ? C’était pourtant si évident. Cette proximité, cette complicité, cette chose intangible entre eux, avait toujours accordé leurs Âmes et leurs Esprits. Dans son aveuglement, il l’avait réduite au silence, mais elle était restée, tapie ; il le comprenait maintenant.
« Je t’aime, Nauli. De tout mon cœur et de tout mon Être. »
Un sourire radieux illumina le visage de la femme la plus merveilleuse de l’univers, qui éclipsa les pâles lueurs de la nuit. Ils s’embrassèrent tendrement. Quand leurs lèvres se séparèrent, presque à regret, elle prit sa tête et l’enlaça contre son cœur. La douce mélodie de ses battements, la caresse de ses doigts sur ses cheveux, la chaleur de sa poitrine… Il se sentit dériver doucement. Pour la première fois depuis des années, il n’appréhendait pas ce qui allait se passer en fermant les yeux. Dans les bras protecteurs de Nauli, il accueillit le sommeil, après avoir songé au rêve qu’ils avaient eu ensemble, avant son erreur.