Pendant un instant, le temps sembla comme suspendu.
Nous nous regardions, en chiens de fusils, n'osant parler de peur de briser le silence.
J'en profitai pour observer les intrus.
Ils n'étaient pas quatre comme je l'avais d'abord cru mais cinq, tous couverts de sang.
Le premier, celui qui avait ouvert la porte, avait de longs cheveux châtains, des yeux bruns, légèrement allongés, comme ceux des chats et un sourire rusé posé sur les lèvres. Son corps était fin,agile, fait pour la vitesse.
Tout en lui me rappelai les renards courants les bois.
Il tenait des dagues. Deux dagues. Dégoulinantes d'un liquide écarlate.
Le deuxième dominait les autres d'au moins une tête. Je compris que c'était un géant. À proprement parler. Il était rare d'en voir car leur peuple avait presque été décimé.
Des copeaux de bois parsemaient ses cheveux aux couleurs des feuilles mortes. Les restes de la première porte. Ses yeux s'accordaient à sa courte chevelure.
Mais, ce qui retenait l'attention chez lui, c'était son imposante musculature. Le bois de la porte n'avait pas dû résister longtemps. Ou, peut-être n'avait il tout simplement pas résisté ?
Le troisième, au vu de ses oreillettes en pointes, devait être un elfe. En tout cas, il en avait la beauté.
Des cheveux blonds, plus brillants que l'or des nains, savamment décoiffés, surplombaient des yeux verts émeraude qui seraient parfaitement à leur place sur un collier.
Un prince de contes de fées.
Il avait un teint légèrement bronzé et un corps athlétique.
J'étais si éblouie que je failli ne pas voir la longue épée trempée de sang qui pendait à son flanc gauche.
À part ça, il souriait de façon désarmante.
Désarmante dans le sens qu'il n'avait pas du tout l'air de quelqu'un qui venait de tuer des gens.
Peut-être n'était-ce pas le cas. Peut-être n'avait-il rien fait.
Mais alors, je ne m'expliquais pas l'état de son arme.
La raison pour laquelle elle baignait dans le sang.
Le quatrième se tenait juste derrière le "prince sanglant".
Il avait les cheveux gris argent, presque blancs, coupés au carré.
Il était aussi proche que j'étais éloignée du héros légendaire.
Ses yeux semblables à la glace posaient sur moi un regard d'acier. D'aigle.
Quelque chose chez lui m'attirait sans que je ne sache trop dire quoi.
Un détail retint mon attention : il semblait plus fragile que ses compagnons et ne portait pas d'arme.
Le cinquième était... Indescriptible.
Au sens propre.
Il était posté en retrait des quatre autres, tapis dans l'ombre.
Son visage était comme brouillé.
De lui, je ne pus voir qu'une longue chevelure de jais aux éclats d'obsidienne, retenue en queue de cheval.
Il semblait se fondre dans l'obscurité.
Je m'attardai sur lui, laissant passer de longues secondes à m'escrimer pour tenter d'apercevoir son visage.
Je cru déceler un mouvement de surprise chez lui, ne sachant comment l'interpréter.
Avant que je ne puisse intervenir, il recula encore un peu jusqu'à se faire engloutir par le noir.